Si la politique peine à s’actualiser et à attirer l’attention des citoyens, les entreprises ont également du mal à mettre leur fonctionnement à jour, et à entrer de plein pied dans la nouvelle ère. Elles sont pourtant une composante essentielle de notre société. Elles doivent entièrement assumer leur rôle dans la collectivité, et travailler activement à renforcer leur lien avec le public. 

 

Vous avez été nombreux à me questionner sur mon activité en tant que présidente de Génération politique, une agence de stratégie et de relations publiques nouvelle génération créée en 2018. Notre utilisation des techniques de mobilisation citoyenne a souvent suscité la curiosité et l’intérêt, mais parfois aussi le scepticisme de certains de nos interlocuteurs. 

Après avoir travaillé pendant plusieurs années auprès de responsables politiques français et américains, j’ai décidé de créer Génération politique, dans un contexte social pesant, quelques mois avant le début de la crise des Gilets jaunes. Le constat était simple : les responsables politiques et les institutions publiques ont perdu la confiance, et le soutien des citoyens. 

Pris au piège d’une gestion rigide et de décisions déconnectées de la réalité, le monde politique a perdu de vue son essence première : celle de servir les citoyens. La politique doit être un domaine d’action, où l’efficacité et la réactivité permettent d’améliorer le quotidien de nos concitoyens de manière très concrète. 

Un système rigide a pourtant peu de chances de survie dans un monde en évolution constante. Nous avons en moins de 30 ans vécu des changements technologiques, sociaux et politiques sans précédent. Notre monde évolue à une vitesse vertigineuse qui requiert une adaptation permanente. 

Si la politique peine à s’actualiser et à attirer l’attention des citoyens, les entreprises ont également du mal à mettre leur fonctionnement à jour, et à entrer de plein pied dans la nouvelle ère. Elles sont pourtant une composante essentielle de notre société. Elles doivent entièrement assumer leur rôle dans la collectivité, et travailler activement à renforcer leur lien avec le public. 

Qu’il s’agisse du Community Organizing ou du Grassroots lobbying, la politique aux États-Unis est rythmée par les techniques de mobilisation citoyenne, qui s’appuient sur la force cumulée de chacun pour faire avancer la collectivité. En France également, j’ai pu constater en travaillant auprès du Directeur du CNEN, Alain Lambert, l’importance de développer une relation proche et sincère avec les citoyens, pour en faire des acteurs à part entière de leur quartier, de leur ville, de leur pays. 

Une remise en question du fonctionnement de notre système politique et de nos entreprises n’est pas un luxe, mais un besoin. La politique et le monde des affaires doivent transformer leur fonctionnement interne, et repenser leur relation avec le public. Seul un virage net permettra à notre société d’avoir les bons outils pour affronter un monde en évolution permanente. Sans le subir, mais en en étant les acteurs et instigateurs.

 

Responsables politiques et entreprises doivent se connecter à leur environnement pour gagner en agilité, s’adapter et anticiper

 

Écouter et impliquer les citoyens en permanence est le meilleur moyen de développer et mener à bien des projets pertinents pour soi, et pour ceux que l’on souhaite toucher.

 

Responsables politiques et entreprises ont la capacité et la responsabilité d’impulser un changement systémique sans précédent : 

  • Intégrer l’innovation et la flexibilité à l’action publique : notre système politique est enfermé dans un cadre rigide et procédurier qui le dépouille de son efficacité. La forme a pris le pas sur le fond, de telle sorte que l’action publique se retrouve parfois dénuée de sens et de portée. Cet immobilisme nuit à la collectivité et renforce la défiance des citoyens, qui sont de plus en plus nombreux à douter de la capacité de leurs responsables politiques à répondre avec pertinence aux problèmes de notre pays. L’action publique doit innover, faire du sur-mesure et être flexible. Manque de flexibilité et d’innovation se retrouvent également chez des entreprises qui deviennent à un certain stade embourbées dans des procédures complexes qui entament leur rapidité d’action. 

  • Fixer des objectifs concrets et multiplier les résultats visibles pour convaincre de la pertinence de ses projets : la politique doit prouver sa capacité à transformer son environnement pour le mieux. Les résultats concrets issus de son action doivent être perçus et ressentis par les citoyens. Notre système politique avance pourtant sans objectifs concrets et pertinents. Pour qu’ils soient pertinents, les objectifs doivent être pris en concertation avec les personnes qu’ils visent à impacter. Sans des objectifs ancrés dans les besoins véritables des citoyens, les résultats sont également difficiles à percevoir. Sans des réussites concrètes pour la collectivité, si petites soient-elles, la politique peine à donner espoir et à convaincre de sa pertinence. 

S’ancrer dans le réel pour gagner en agilité et en réactivité :

  • Des décisions qui ne sont pas en phase avec la réalité du terrain, et les attentes des citoyens : une connaissance partielle ou inexacte des réalités du terrain empêche à la fois les responsables politiques et les entreprises d’avoir une action en accord avec les attentes et préoccupations du public. Écouter et impliquer les citoyens en permanence est le meilleur moyen de développer et mener à bien des projets pertinents pour soi, et pour ceux que l’on souhaite toucher. En donnant du temps et de l’importance aux citoyens, ils seront plus aptes à participer activement aux projets, et à en comprendre les enjeux. 

  • Simplifier la chose publique : par son langage et ses codes, le monde politique peut parfois paraître inaccessible aux citoyens. Ce défaut de communication empêche les responsables politiques de transmettre de manière efficace leurs idées et leur vision. Il est nécessaire, afin de rendre l’action plus efficace et d’impliquer les citoyens aux projets annoncés, d’adopter un langage plus simple et plus proche du public. Cette simplification de la politique doit aussi s’opérer au niveau numérique.

Percer la bulle qui rend la politique et les affaires déconnectées de leur temps.

  • Institutions publiques et responsables politiques doivent se connecter au monde qui les entoure : la politique a laissé se creuser un écart considérable avec le monde qui l’entoure. Isolée du monde extérieur, elle évolue au sein d’une bulle qui ne représente plus la réalité de notre société. Cette difficulté à vivre le présent et à construire l’avenir remet en question l’utilité de certaines institutions qui sont devenues des coquilles vides, incapables d’avoir un apport notable pour la collectivité. Nos institutions ont besoin de se défaire des méthodes qui les tiennent embourbées, et d’avancer avec confiance vers le futur. 

  • Pour se développer et préparer leur futur, les entreprises doivent avoir un rôle actif dans la société : l’entreprise de demain aura un rôle important dans son environnement. L’impact social des entreprises - par les emplois qu’elles créent, les activités qu’elles mènent et la culture qu’elles diffusent- est indéniable. Les entreprises doivent réaliser l’importance de leur rôle dans la société, et interagir de manière proactive avec leur environnement. Elles doivent davantage investir dans l’humain et se rapprocher des citoyens. 

 

 

Concentrer nos efforts sur l’humain pour construire des politiques plus efficaces et des entreprises plus solides

 

La force individuelle de chacun, lorsqu’elle est additionnée aux autres, produit une force collective qui permet de résoudre les problèmes politiques et sociaux les plus profonds.

 

Les méthodes fondées sur les citoyens peuvent apporter à la politique et aux entreprises le souffle nouveau dont elles ont besoin :

  • Le Community organizing, la force du groupe organisé : les méthodes de mobilisation citoyenne ont été théorisées pour la première fois par Saul Alinsky aux États-Unis. Alinsky a été le père du « Community organizing », cette méthode de rassemblement et de mobilisation citoyenne qui a un enracinement profond dans le pays. Le Community organizing part du principe que pour résoudre les problèmes locaux, il faut rassembler les citoyens touchés directement ou indirectement par ces problèmes, et construire ensemble une stratégie qui vise à apporter des solutions concrètes à ces difficultés. Grâce à l’implication de tous les acteurs locaux, et grâce à la participation active des citoyens, les problèmes qui surgissent au niveau local finissent par être endigués.

  • Par exemple, s’il existe dans un quartier ou dans une ville un problème récurrent de violence, il s’agira de rassembler tous les acteurs concernés (parents, professeurs, élus, etc.) pour construire ensemble une stratégie visant à baisser le taux de violence dans le quartier. Cette stratégie est ensuite découpée en tâches et missions concrètes, pour pouvoir au fur et à mesure déterminer l’impact de l’action sur le problème initial. Cette méthode repose sur le fait que la force individuelle de chacun, lorsqu’elle est additionnée à d’autres, produit une force collective qui permet de résoudre les problèmes les plus profonds. 

 

Se fonder sur les citoyens pour faire avancer l’action publique - les méthodes fondées sur la relation avec les citoyens peuvent radicalement transformer notre paysage politique :

 

Les acteurs publics doivent en permanence oeuvrer à nourrir leur relation avec les citoyens. Ils doivent créer des groupes de citoyens autour d’eux, pour travailler ensemble à l’amélioration de la vie de chacun dans le quartier ou dans la ville.

 

  • L’intelligence collective au service de l’intérêt général : Les responsables politiques doivent créer un lien proche de confiance, et d’échange mutuel avec les citoyens. Ce lien doit être authentique et permanent. Le travail de terrain impulsé en vue d’une élection ne suffit pas à créer un lien durable avec la population. Les acteurs publics doivent en permanence oeuvrer à nourrir leur relation avec les citoyens. Ils doivent créer des groupes de citoyens autour d’eux, pour travailler ensemble à l’amélioration de la vie de chacun dans le quartier ou dans la ville. Ces groupes utiliseront l’intelligence collective pour contribuer, par les idées et les actes, à la résolution des problèmes locaux. 

  • Faire éclore la participation citoyenne et l’implication des habitants dans la collectivité : En créant ces groupes de citoyens dans chaque localité, nous développons un riche écosystème de participation. Grâce aux victoires remportées par ces groupes, les citoyens réalisent l’impact qu’ils peuvent avoir dans leur collectivité.

  • Gagner en visibilité : L’action publique est parfois incomprise ou alors elle passe même inaperçue. Les méthodes fondées sur les citoyens permettent de créer un lien intime avec le public. Cette relation privilégiée avec les citoyens permet aux acteurs publics de faire connaître leur action, leur vision, leurs projets.

  • Avoir une connaissance poussée du terrain pour s’adapter, prévoir, anticiper : Un ancrage profond et permanent sur le terrain permet de bénéficier de retours en temps réel précieux. Grâce à ces retours, l’action publique peut proposer des projets de manière plus rapide et plus efficace. Cette connaissance du réel des habitants permet également d’éviter les décisions hors-sol, les politiques publiques inefficaces, ainsi que les projets politiques incompris et non-soutenus. 

S’entourer des citoyens pour construire le modèle d’entreprise de demain :

  • Dans le monde des affaires, toute entreprise doit connaître au plus proche du réel les personnes auxquelles elle souhaite vendre ses produits ou services. Elle doit adapter son action, pour satisfaire les attentes et besoins de ses clients et clients potentiels. Sans une connaissance intime et constante de son environnement social et politique, une entreprise met son activité en danger. De plus, nous entrons dans une ère où le rôle social des entreprises devient une composante essentielle de leur existence. 

  • Être au plus proche des citoyens : les méthodes de mobilisation citoyenne permettent aux entreprises de créer un lien de confiance mutuel durable avec le public. Ces groupes leur permettent de connaître les attentes du public, et d’avoir un retour en temps réel pour corriger leur action. Cette proximité authentique créée avec les citoyens permet aux entreprises de communiquer de façon plus efficace. 

  • Créer une synergie avec les citoyens : la force du groupe permet de multiplier les réflexions, et de créer un réseau fertile d’idées pour préparer le futur. 

  • Mobiliser les citoyens autour d’une vision : de nombreuses entreprises sont visionnaires. Elles ont la capacité de se défaire des normes sociales pour innover et construire un futur totalement différent du présent. Elles sont donc des acteurs majeurs de changement social. Pour cette raison, elles doivent davantage se rapprocher des citoyens pour travailler ensemble à faire d’une vision du futur une réalité. 

 

Un virage à 180 degrés dans les méthodes actuelles 

Comme dans toute relation humaine, les expériences partagées, les moments passés ensemble et les épreuves vécues en groupe permettent de créer un lien de confiance intime. 

Un virage complet est nécessaire dans les méthodes de relations publiques et de communication actuelles :

  • Aller vers une communication plus humaine : la communication est un exercice indispensable qui devient de plus en plus délicat, du fait de la difficulté à attirer l’attention du public. Alors que de nombreuses plateformes accaparent l’attention de nos concitoyens, il faut innover et transformer notre façon de communiquer pour avoir une chance de marquer les esprits. 

  • De nombreux acteurs de notre société ont pourtant recours à une communication institutionnelle, froide, qui peine terriblement à susciter l’intérêt des citoyens. Bien que l’on soit à une ère où le numérique prévaut, il ne faut pas sous-estimer la force du naturel, de l’humain, des choses auxquelles les citoyens peuvent s’identifier. La communication doit être comme une histoire qui captive les esprits. Elle doit être proche des citoyens, de leurs désirs, de leurs espoirs et de leurs difficultés.

  • Reposer les relations publiques sur un lien fort et sincère avec les citoyens : comme je l’ai longuement soutenu dans mon texte, les relations publiques doivent être fondées sur un lien authentique avec les citoyens. Comme dans toute relation humaine, les expériences partagées, les moments passés ensemble et les épreuves vécues en groupe permettent de créer un lien de confiance intime. 

 

Un système de valeurs à redéfinir :

  • Authenticité - oser être soi-même : notre société a terriblement besoin d’authenticité. Le superficiel et le faux ont grandement contribué à l’ambiance générale de défiance au sein de la population. Le leader de demain sera authentique ou ne sera pas. En parallèle, nous devons encourager les citoyens à être aux-mêmes.

  • Qu’aucune action ne reste sans résultats : le concret doit devenir la marque de fabrique de notre système. Nous devons faire en sorte qu’aucune action ne reste sans résultats, aussi minimes soient-ils. 

  • La force de l’individu pour la collectivité : nous devons promouvoir une vision qui donne de la valeur à chaque individu. Les idées, les talents et les compétences de chacun sont, dans leur singularité, indispensables à la collectivité.

Notre système est à un tournant qui doit lui permettre de se remettre en question, et de prendre un nouveau chemin. Un renouvellement de valeurs et de méthodes doit s’opérer pour garantir le développement et l’adaptation de notre système politique, et de nos entreprises.

La relation avec le public est le fondement de nos institutions, qu’elles soient publiques ou privées. Partir de la base pour transformer notre société est la meilleure solution pour construire un futur qui nous ressemble. 

Partir des citoyens pour transformer la politique et le monde des affaires

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